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Les plantes dépolluantes au bureau : mythe ou réalité

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Les plantes dépolluantes au bureau : mythe ou réalité ?

· 11 min de lecture

Les plantes dépolluantes au bureau font partie de ces promesses que l’on entend partout : un Spathiphyllum sur chaque poste et l’air de l’open space serait purifié. La réalité scientifique est plus nuancée et, disons-le franchement, moins spectaculaire. L’idée vient d’expériences sérieuses menées à la fin des années 1980, mais les chercheurs qui ont depuis étudié les plantes dans de vrais bâtiments arrivent à une conclusion différente : dans un bureau ventilé normalement, quelques plantes ne changent presque rien à la concentration des polluants. Faut-il pour autant renoncer à végétaliser ? Certainement pas, car les plantes ont d’autres effets bien documentés sur le bien-être, la concentration et la perception des lieux. Cet article fait le tri entre le mythe et la réalité, explique d’où vient la confusion, ce que disent les études récentes, ce que les plantes apportent vraiment à une équipe et, surtout, quelles mesures améliorent concrètement la qualité de l’air intérieur de vos locaux. L’objectif : vous permettre de choisir des plantes pour de bonnes raisons, sans vous laisser vendre une promesse de purification que la science ne confirme pas.

Plantes dépolluantes au bureau posées près d’une fenêtre ouverte dans un open space lumineux
Une fenêtre ouverte quelques minutes renouvelle bien plus d’air que toutes les plantes d’un étage.

D’où vient l’idée des plantes dépolluantes au bureau ?

Tout commence avec la NASA Clean Air Study, publiée en 1989 par le chercheur B. C. Wolverton et ses collègues. La NASA cherchait alors des solutions pour assainir l’air de futures stations spatiales, des milieux totalement clos où les matériaux synthétiques relâchent des composés organiques volatils. Les chercheurs ont placé des plantes courantes, comme le Chlorophytum, le Spathiphyllum, le Sansevieria ou certains Dracaena, dans de petites chambres d’essai hermétiques, puis y ont injecté du benzène, du trichloréthylène ou du formaldéhyde. En quelques heures, les concentrations mesurées baissaient nettement, et les chercheurs ont montré que les micro-organismes présents dans le substrat, autour des racines, jouaient eux aussi un rôle important. Ces résultats étaient réels et l’étude a été menée avec rigueur dans son cadre expérimental. Le problème est venu ensuite : l’expérience a été reprise par des livres grand public, des magazines de décoration puis des fiches commerciales, qui ont transformé un résultat obtenu dans une boîte scellée de quelques dizaines de litres en une promesse universelle : telle plante « absorbe » tel polluant dans votre salon ou votre open space. Des listes de « dix plantes dépolluantes » ont circulé pendant trente ans, souvent sans mention du protocole d’origine. Lorsqu’une entreprise envisage une végétalisation de bureaux, cet argument revient donc très souvent, parfois de bonne foi, parfois comme simple argument de vente. Il est utile de le connaître pour le replacer à sa juste place : une découverte intéressante sur le métabolisme des plantes et de leur substrat, mais pas la démonstration qu’un bureau peut remplacer sa ventilation par quelques pots. Retenir cette origine permet aussi de lire avec un œil critique les étiquettes et catalogues qui mettent encore en avant un pouvoir dépolluant chiffré, sans jamais préciser dans quelles conditions ce chiffre a été obtenu ni à quel volume d’air il se rapporte.

1989publication de la NASA Clean Air Study de B. C. Wolverton
3 COVtestés dans le rapport initial : benzène, trichloréthylène, formaldéhyde
2019méta-analyse de Cummings et Waring qui réévalue l’effet en conditions réelles
1000 / m²ordre de grandeur haut de plantes par m² estimé pour égaler une ventilation courante

Que disent les études récentes sur les plantes dépolluantes ?

En 2019, deux chercheurs de l’université Drexel, Bryan Cummings et Michael Waring, ont publié dans le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology une méta-analyse de référence. Ils ont repris une douzaine d’études menées en chambre d’essai et converti leurs résultats en un indicateur comparable à celui des purificateurs et des systèmes de ventilation, le débit d’air épuré. Leur conclusion est sans appel : pour obtenir, dans un bâtiment réel, un effet équivalent au simple renouvellement d’air, il faudrait entre 10 et 1000 plantes par mètre carré de plancher, autrement dit une forêt dense à la place des bureaux. En France, le programme de recherche PHYTAIR, soutenu par l’ADEME, avait déjà testé des plantes en conditions plus proches de la réalité, et l’ADEME a publié en 2011 un avis estimant que l’argument « plantes dépolluantes » n’était pas validé scientifiquement au regard des niveaux de pollution habituellement rencontrés dans les locaux. Ces travaux ne disent pas que les plantes ne captent rien : elles et leur substrat absorbent bien une part de certains composés. Ils disent que cette part est minuscule face aux volumes d’air d’un bureau et aux débits de la ventilation, et qu’elle ne justifie pas de présenter une plante comme un outil d’assainissement. Cette distinction est précieuse au moment de construire un projet, car elle permet de fixer les bonnes attentes avant même de vous demander s’il vaut mieux louer ou acheter ses plantes : vous investissez dans le confort, l’ambiance et l’image de vos espaces, pas dans un dispositif de traitement de l’air. Un prestataire sérieux tient d’ailleurs ce discours honnête et ne vous promettra pas une purification mesurable de vos locaux grâce à ses plantes. Le tableau ci-dessous résume les idées reçues les plus fréquentes et ce que l’on en sait aujourd’hui, en l’état des connaissances publiées.

Idée reçueCe que l’on sait aujourd’hui
Une plante par bureau purifie l’airL’effet mesuré en bâtiment réel est négligeable face à la ventilation (Cummings et Waring, 2019).
La NASA a prouvé que les plantes dépolluent les maisonsLes essais de 1989 ont eu lieu en petites chambres scellées, sans renouvellement d’air.
Certaines espèces sont bien plus dépolluantes que d’autresLes écarts entre espèces existent en laboratoire mais restent sans effet notable à l’échelle d’une pièce.
Les plantes produisent beaucoup d’oxygène au bureauSous un éclairage de bureau, la photosynthèse est faible et ne modifie pas la teneur en oxygène.
Les plantes n’apportent donc rienFaux : leurs effets sur le bien-être, l’attention et la perception des lieux sont bien documentés.

Pourquoi l’effet dépolluant reste faible dans un vrai bureau

La différence entre la chambre d’essai et l’open space tient d’abord à une question de volumes et de débits. Dans l’expérience de la NASA, une plante agissait dans un espace clos de quelques dizaines de litres, sans aucune entrée d’air neuf : le moindre prélèvement se voyait donc sur les mesures. Un plateau de bureaux de 200 mètres carrés sous 2,70 mètres de hauteur contient déjà plus de 500 mètres cubes d’air, et une ventilation mécanique courante renouvelle ce volume plusieurs fois par jour, parfois plusieurs fois par heure. Face à ce flux permanent, la capacité d’absorption d’une plante en pot devient une goutte d’eau. Les polluants sont aussi émis en continu par le mobilier, les colles, les peintures, les imprimantes et les produits ménagers, alors que la plante ne travaille qu’à son propre rythme, lent et limité. Il faut ajouter la question de la lumière : le métabolisme d’une plante dépend de l’éclairement qu’elle reçoit, et les bureaux sont souvent bien moins lumineux qu’une serre, avec des valeurs de référence autour de 500 lux sur le plan de travail (norme NF EN 12464-1) et beaucoup moins à quelques mètres des fenêtres. Une plante qui survit dans un couloir sombre vit au ralenti et ne capte presque rien. C’est d’ailleurs pour cette raison que le choix des espèces se fait d’abord selon la lumière disponible, comme nous l’expliquons dans notre guide des plantes pour bureau peu lumineux, et non selon une prétendue capacité à dépolluer. Enfin, une part de l’effet observé en laboratoire provenait des micro-organismes du substrat, et cette activité varie selon l’humidité, la température et le type de terreau. Rien de tout cela ne rend les plantes inutiles, mais cela explique pourquoi l’argument ne résiste pas au passage de l’éprouvette au bâtiment réel, et pourquoi un bureau bien ventilé restera toujours plus sain qu’un bureau confiné rempli de plantes.

Chambre d’essai scellée Bureau réel ventilé air neuf Air confiné : la plante capte une part mesurable des COV Air renouvelé : la ventilation évacue bien plus que la plante
Le même pot n’a pas le même poids dans une boîte scellée et dans un plateau de bureaux où l’air se renouvelle sans cesse.

Ce que les plantes apportent vraiment aux équipes

Salariée au calme dans un bureau végétalisé avec des plantes vertes autour de son poste de travail
Le vrai bénéfice des plantes se mesure dans le ressenti des équipes plus que dans les capteurs.

Si l’argument de la dépollution ne tient pas, les plantes au bureau gardent de solides raisons d’être, mieux étayées et plus honnêtes. La première tient à ce que le biologiste Edward O. Wilson a appelé la biophilie : notre attirance spontanée pour le vivant et la nature, qui explique pourquoi un espace végétalisé est presque toujours perçu comme plus accueillant qu’un plateau entièrement minéral. Les travaux de Rachel et Stephen Kaplan sur la restauration de l’attention vont dans le même sens : regarder des éléments naturels, même quelques instants, aide l’esprit à récupérer après un effort de concentration soutenu. Plusieurs études en environnement de travail ont observé que des salariés installés dans des bureaux avec des plantes se déclarent plus satisfaits de leur cadre et plus à l’aise, même si l’ampleur de ces effets varie selon les protocoles et doit être lue avec prudence. Les plantes jouent aussi un rôle très concret dans l’aménagement : de grands sujets en bacs structurent un open space, créent des zones plus intimes, guident la circulation et adoucissent visuellement le mobilier. Leur feuillage absorbe et diffuse un peu le son, surtout en combinaison avec des bacs garnis et des cloisons végétales, ce qui contribue modestement au confort acoustique sans remplacer de vrais traitements acoustiques. La transpiration des feuilles apporte une légère humidité, perceptible surtout lorsque les plantes sont nombreuses et que l’air est très sec en hiver. Enfin, le végétal participe à l’image de l’entreprise auprès des visiteurs, des candidats et des clients : un accueil soigné, des plantes en bonne santé et bien entretenues disent quelque chose de l’attention portée aux lieux et aux personnes. Ce sont ces bénéfices, et non une purification de l’air, qu’il faut mettre en avant dans une démarche de qualité de vie au travail. Ils suffisent largement à justifier un projet, à condition que les plantes soient adaptées à la lumière et régulièrement entretenues, car une plante négligée produit l’effet inverse de celui recherché.

Bien-être

Un cadre végétal est perçu comme plus apaisant et plus accueillant.

Biophilie

Le lien au vivant répond à une attente profonde, décrite par Edward O. Wilson.

Aménagement

Les grands bacs structurent l’espace et créent des zones plus calmes.

Humidité

La transpiration des feuilles apporte un léger complément en hiver.

Image

Des plantes saines valorisent l’accueil auprès des visiteurs et candidats.

Comment améliorer réellement la qualité de l’air au bureau

Puisque les plantes ne sont pas un outil d’assainissement, que faire pour respirer un air plus sain au travail ? Les leviers efficaces sont connus et relativement simples. Le premier est le renouvellement de l’air : vérifier que la ventilation mécanique fonctionne, que les bouches d’extraction et d’insufflation ne sont ni obstruées ni encrassées, que les filtres sont changés selon les préconisations et que les débits correspondent à l’occupation réelle des locaux. Lorsque les fenêtres s’ouvrent, aérer quelques minutes plusieurs fois par jour reste le geste le plus efficace, y compris en hiver. Le deuxième levier consiste à réduire les sources : choisir des peintures, revêtements et meubles faiblement émissifs, en s’appuyant sur l’étiquette réglementaire « Émissions dans l’air intérieur » dont la meilleure classe est A+, limiter les désodorisants et bougies parfumées, préférer des produits d’entretien simples et bien dosés, éloigner les imprimantes et photocopieurs des postes de travail. Le troisième levier est la mesure : un capteur de dioxyde de carbone, peu coûteux, indique le niveau de confinement d’une salle de réunion ou d’un open space, et le repère souvent cité de 1000 ppm aide à savoir quand il est temps d’aérer. Enfin, un bon entretien du bâtiment compte : humidité maîtrisée pour éviter les moisissures, nettoyage régulier des sols textiles, contrôle des infiltrations. Ce n’est qu’une fois ces bases posées que les plantes trouvent pleinement leur place, comme élément de confort et d’agrément. L’erreur serait d’inverser la logique et de compter sur des pots pour compenser une ventilation défaillante ou une salle surchargée. Un projet végétal sérieux commence donc souvent par une question simple posée au responsable des services généraux : comment l’air est-il renouvelé ici ? La réponse oriente autant le confort des occupants que le choix de l’emplacement des plantes, que l’on évite de placer devant les bouches de soufflage.

  1. Vérifier la ventilationContrôlez le fonctionnement de la VMC, l’état des filtres et des bouches.
  2. Aérer régulièrementQuelques minutes d’ouverture plusieurs fois par jour renouvellent l’air d’une pièce.
  3. Réduire les sourcesPrivilégiez les produits étiquetés A+ et limitez parfums d’ambiance et solvants.
  4. Mesurer le confinementUn capteur de CO2 signale les salles trop occupées ou mal ventilées.
  5. Ajouter les plantesInstallez-les pour le confort et l’ambiance, jamais à la place de la ventilation.

Choisir et entretenir ses plantes sans créer de nouveaux problèmes

Une plante mal choisie ou mal entretenue peut, à l’inverse de la promesse, dégrader un peu le confort intérieur. Un substrat détrempé en permanence favorise les moisissures en surface et les moucherons des terreaux, que l’on remarque vite près des postes de travail. Un arrosage raisonné, des contenants avec réserve d’eau bien réglée ou l’hydroculture, qui remplace le terreau par des billes d’argile, limitent ce risque. Les feuilles accumulent la poussière et doivent être nettoyées régulièrement, faute de quoi elles perdent en éclat et respirent moins bien. Certaines espèces demandent aussi un peu de vigilance : le Ficus benjamina est connu pour pouvoir provoquer des réactions allergiques chez des personnes sensibles, et plusieurs plantes courantes sont toxiques en cas d’ingestion, ce qui compte dans un lieu recevant des enfants ou des animaux. Le bon réflexe consiste donc à choisir des espèces robustes, adaptées à la lumière disponible, et à confier leur suivi à quelqu’un qui sait repérer tôt un excès d’eau, un parasite ou une feuille jaunissante. C’est tout l’intérêt d’une formule avec entretien, où un professionnel passe à intervalles réguliers pour arroser, nettoyer, tailler, traiter si besoin et remplacer un sujet fatigué, sans que vos équipes aient à s’en préoccuper entre deux visites ni pendant les périodes de congés. Vous pouvez demander au prestataire de privilégier des plantes réputées faciles, comme le Zamioculcas, le Sansevieria ou l’Aspidistra, et de vous indiquer celles qui conviennent aux zones de passage. Un discours honnête de sa part sur la qualité de l’air est d’ailleurs un bon indice de sérieux : un paysagiste d’intérieur compétent vous parlera de lumière, d’arrosage et de durée de vie des plantes, pas de mètres cubes d’air purifié. Location Plante vous met en relation avec des professionnels de votre région qui étudient vos locaux et proposent une sélection adaptée, avec des fiches simples comme celles ci-dessous pour guider vos choix. Si vos locaux manquent de lumière, consultez aussi notre sélection de plantes pour bureau peu lumineux.

Zamioculcas Zamioculcas zamiifolia

LumièreArrosage

Très tolérant à la faible lumière et aux oublis d’arrosage. Son feuillage brillant se dépoussière facilement.

Sansevieria Dracaena trifasciata

LumièreArrosage

Port vertical idéal pour les couloirs étroits. Il redoute surtout l’excès d’eau en hiver.

Aspidistra Aspidistra elatior

LumièreArrosage

Surnommée plante de fer pour sa robustesse. Elle supporte les zones fraîches et peu éclairées.

Spathiphyllum Spathiphyllum wallisii

LumièreArrosage

Fleurit en blanc sous une lumière moyenne. Ses feuilles s’affaissent quand il a soif, ce qui aide au suivi.